Emmanuelle Delafraye

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Ateliers pour adultes

Différents types d’atelier sont proposés :

- Pour goûter au plaisir d’écrire

- Pour être accompagné dans un projet d’écriture

- Pour apprendre à animer un atelier


Pour goûter au plaisir d’écrire :

Entre 4 et 6 participants par atelier.

Apprendre à écrire,
mettre en mots ce que l’on porte en soi,
oser, se lancer,
ou travailler son style …

Partager avec d’autres cette aventure, échanger, lire et être lu.

L’atelier commence par une « mise en condition » pour entrer dans sa "bulle d’écrivain", se connecter à son imaginaire, trouver "sa musique d’écriture". Des consignes sont données. Il y a des allers-retours entre des temps de travail en solitaire, des conseils, des mises en commun, des réécritures … Le but étant de produire à chaque atelier un court texte.

En fin d’atelier, chacun lit son travail pour le plaisir du partage, pour échanger avec le groupe sur son texte et pour observer, à partir d’une consigne donnée, la variété des réponses possibles.

Pour être accompagné dans un projet d’écriture :

Pour 4 participants.

Définition du projet
Lecture-conseil
Pistes d’écriture
Lectures et échanges avec le groupe.

Pour apprendre à animer :

Comment animer un atelier d’écriture selon le public et la demande.

 

Des exemples de textes produits en atelier

 

ECRITURE CROISEE  

à partir d’une photographie de Paz Errazuriz


 

Première partie : Jeanne M.

Il est dix heures, peut-être. L’hiver est long cette année, temps suspendu dans une éternité. Je suis réveillée depuis longtemps. J’avais froid. La mince couverture ne me réchauffe pas. Depuis longtemps, je n’ai plus de draps. Y en a-t-il encore ailleurs ? Je ne sais pas. Je ne sors jamais de ce lieu qui semble ouvert aux quatre vents. Tout est froid. Le fer du lit, la toile du matelas, le sol et les murs de béton. Depuis combien de semaines, de mois, suis-je ici ? Je n’ai plus de repères. Mes cheveux ont blanchi. De temps en temps, quelqu’un vient les couper. Mais je n’ai pas de miroir. J’ai perdu mon image. Mon présent est incertain et je ne sais rien de demain. Seuls compagnons, mes souvenirs. Le film repasse en boucle, jour et nuit. Je suis une mémoire silencieuse.
Il est dix heures, j’espère. Le jour est blafard, le béton plus gris que jamais. Mais sœur Marianne va venir. Elle vient à dix heures, on me l’a dit. Je ne sais rien d’elle. Son corps et ses cheveux sont recouverts. Seul son visage est offert. Je ne sais pas lui donner d’âge. Nous ne parlons pas la même langue. Nos échanges sont limités à un regard, un sourire. Mais je connais le réconfort de ses mains. Elle vient me voir assez souvent, enfin, je crois. Elle m’examine, guettant sur mon visage, sur mon corps ce qui nécessite réparation. J’aime me confier à ses mains douces et expertes. J’aime particulièrement le moment où elle me coupe les ongles des orteils.
Elle me coupe soigneusement les ongles, puis, lentement, elle masse mes pieds. Dessus, dessous. Dessous, surtout. La plante des pieds usée d’avoir trop marché est toujours douloureuse.
Je suis ses gestes calmes et précis, son sourire me rassure me ramenant à notre humanité. La solitude et le silence sont inhumains. Les petites voix qui nous réveillent pour nous rappeler notre passé ne sont pas des compagnes fiables. A force de les entendre, on ne sait plus rien.
Où est la réalité ? Est-ce que je me raconte des histoires pour occuper l’espace vide et froid ? Est-ce que j’ai vécu ce qu’elles me répètent comme des litanies ?
 

Deuxième partie : Maurice S.

J’observe cette scène que j’imagine d’une manière photographique, en noir et blanc. Je reste là, surpris par l’étrangeté de ce tableau qui m’est offert. Je suis venu pour faire un reportage, un compte rendu pour mon journal.
Je suis arrivé avec de la gaîté dans le cœur et une certaine insouciance. A l’extérieur, le soleil était magnifique. Sa lumière éclatante m’avait rempli l’âme et le corps. J’avais humé toute l’atmosphère du printemps. Ce n’était que bonheur et joie.
Mais là, le contraste qui s’offrait à moi, maintenant, était bouleversant. Ce spectacle me paralysait et me surprenait. 
Beau et pathétique, le décor de ce lieu était sombre, envoûtant et mystérieux. Je ne pouvais m’empêcher de contempler ces deux personnages, ces deux êtres tellement différents l’un de l’autre ! Mais tellement liés dans la vie ! Tellement dépendants l’un de l’autre !
L’un était empli d’une sublime tâche qu’il avait faite sienne, l’autre était dans l’abandon, la confiance et le renoncement. Cette sœur avait besoin d’offrir à Dieu, à l’absolu auquel elle s’était offerte et destinée, la preuve de son dévouement, de son amour et de son abnégation. Tandis que l’autre avait abandonné ses pieds à la douceur et au plaisir du contact des mains douces et tendres.
Quel enchantement ! Quelle beauté ! Ce tableau me faisait penser à une scène biblique. D’un côté l’amour inconditionnel et le don de soi, de l’autre toute la souffrance et les misères du monde. En fait, je considérais ce spectacle, ce tableau, cette scène comme une union. Une union indissoluble de la vie, du monde, de l’éternité. 
Oh ! Sublime beauté de l’instant présent. La mater Dolorosa de Michel Ange, la permanence de toute chose.
 

3ème partie : Jeanne M.

Aujourd’hui, notre rencontre est troublée par l’entrée d’un homme que je n’avais jamais vu. Il est assez jeune et élégant, malgré des vêtements d’une grande simplicité. Il diffuse un parfum de printemps et porte en bandoulière une sacoche en cuir dont il extrait un appareil photo.
Sœur Marianne ne bronche pas. A peine a-t-elle jeté un regard dans la direction de l’homme. Sans doute était-elle au courant de sa venue. Elle se penche sur mes orteils avec la même tendresse, la même application. Comme si nous étions seules. Je m’abandonne à ses soins, confiante, mais quand même intriguée par cet homme. Je le regarde. Il prend des photos des lieux comme s’il voulait en capter l’atmosphère. Il se rapproche et je sens que son œil nous fixe. Je l’entends murmurer « Quel enchantement ! Quelle beauté ! Ce tableau me fait penser à une scène biblique. » Clac ! Clac ! Les photos se succèdent, rapides.
Puis, il s’approche du lit sur lequel je suis assise, jupe légèrement retroussée pour permettre à la sœur d’accomplir sa tâche, sans être gênée. Elle sourit, paisible. Cette paix pourrait m’envahir mais la présence de l’étranger me trouble. Que fait-il ? Que veut-il ?
- Bonjour Maria.
Tiens, il connaît mon nom, et il parle ma langue.
Je le regarde, silencieuse.
Il me dit qu’il prépare une exposition de photos. Ces photos seront montrées dans le monde entier.
- Pour ne pas oublier, me dit-il.
- Ne pas oublier ?
- Oui. Ne pas oublier les événements, les disparus.
Ah ! C’est donc ça ! Les petites voix qui me hantent ne mentent donc pas ! Tout ça est donc vrai, réel. La douleur, le deuil que je n’ai jamais pu faire car un disparu n’est pas un mort. Seulement un disparu.
Ces jours de protestations, de colère, de lutte. Je me souviens. Nous étions nombreuses sur la grande place de notre ville. La police nous dispersait, parfois brutalement. Tous les jeudis, à 15 h30, nous étions là, fichu blanc sur la tête. Et nous marchions, nous marchions. Une fois, nous avons marché pendant 24 heures, autour de la place. Cela faisait déjà des années que nous réclamions nos disparus. J’y ai usé mes pieds, mon espérance, ma vie. Mes pieds si usés, si fatigués, que même après les soins de sœur Marianne, j’ai du mal à me tenir debout.
Les années ont passé. Rien ne changeait. Je me suis retrouvée seule, la dernière survivante d’une famille amputée de ses hommes. Et on m’a emmenée ici, dans cet hospice, où jour après jour je me souviens. A en perdre la raison.
Et voilà qu’aujourd’hui, un homme me demande si j’accepte d’être photographiée. Pour ne pas oublier. Pour raconter au monde entier ce qui s’était passé. Ici. Dans notre pays, en Argentine.
J’accepte. Sans doute me faudra-t-il écouter les petites voix et raconter ce qu’elles me répètent nuit et jour.
On nous appelait Las madres de la Plaza de Mayo.

 

EN SOLO  

sur le lieu et l’attente

Un récit de mes lits
Par Ulla P.

 

Je n’arrive pas à m’endormir. Pourtant, j’ai tout fait pour. Je repose dans l’obscurité, la fenêtre ouverte, comme on me l’a conseillé, mais sans résultat. Alors, j’ai une idée. Si, en attendant le marchand de sable, au lieu de m’agiter et de tourner sans cesse dans mon lit, j’essayais de me détendre et de savourer le silence et le calme de la chambre, l’air frais sur mon visage en sueur ?

Chose pensée, chose faite. J’écoute les sons différents qui entrent par la fenêtre, le “hou” monotone du petit duc, le voisin qui ferme ses volets, son petit bébé qui, lui aussi, a du mal à s’endormir. Au loin, j’entends gronder le tonnerre et l’air sent la pluie. Je ne suis pas mal dans mon lit chaud et accueillant, qui, en quelque sorte, me serre dans ses bras. Le lit joue en effet un rôle important dans la vie. En y réfléchissant, je m’apaise et finis par m’endormir. Le marchand de sable est venu, inaperçu, et a ouvert son parapluie jonché d’étoiles au-dessus de ma tête. Je rêve.
 

Le rideau se lève, la lumière baisse comme le murmure des spectateurs. On ressent l’attente qui règne dans la salle du théâtre. Nous sommes tous venus pour voir et écouter deux de nos comédiens les plus populaires. Sur la scène, il n’y a qu’un lit défait avec couverture et oreiller tout à fait banals. Les deux acteurs s’approchent du lit et se mettent à chanter “Oh, mon lit, mon cher lit !“ Ils réussissent à créer une atmosphère de nostalgie ainsi qu’un fort sentiment de regret. Ce sentiment que j’ai éprouvé tant de fois en me levant à une heure très matinale, poussée par la sonnerie stridente du réveil et avec un seul désir, retourner le plus vite possible dans mon lit, m’emmitoufler dans la couverture chaude et continuer de dormir.
 

Je poursuis l’histoire de mes lits et de leurs caractéristiques particulières. Cette fois, je me retrouve dans mon lit d’enfant, dormant le pouce dans ma bouche. Je ne peux pas m’en souvenir, bien sûr, mais mes parents me l’ont raconté. Ils avaient enlevé quelques barreaux du lit pour que je ne me sente pas enfermée et puisse filer dans leur chambre et me glisser entre eux si l’obscurité autour de moi semblait trop terrifiante ou si j’avais fait un mauvais rêve. Plus tard, j’ai fait de même avec mes enfants.
 

Ensuite, j’ai partagé la chambre avec ma soeur. C’était si rassurant de l’entendre respirer près de moi. Parfois, elle rêvait tout haut.
 

Enfant, j’étais souvent malade, atteinte d’otite et je devais passer beaucoup de temps dans mon lit en attendant la fin de l’attaque. Il n’y avait pas d’antibiotiques à cette époque-là. Pour me tenir compagnie et essayer d’atténuer la douleur, il y avait toujours mon père assis à mon chevet. Il me racontait des histoires. Ma favorite était celle de la petite princesse Tuvstarr, qui s’était égarée dans la grande forêt noire et dangereuse avec ses trolls qui se cachaient derrière les arbres ou dans les cavernes. Est venu le grand élan Skutt, si gentil, qui l’a sauvée et l’a amenée au château sur son dos.
Du lit, j’avais le temps d’étudier ma chambre et je me souviens toujours de nombreux détails, les rideaux, par exemple, à carreaux bleus et blancs qui me cachaient le monde extérieur si désireux, aussi la maison de poupée, fabriquée par mon père, mais qui ne m’intéressait pas du tout.
 

J’ai un souvenir qui ne s’est pas effacé. Dans les années quarante, nous avions une bonne, une jeune fille, on l’appelait mademoiselle Ruth. Un jour, je l’ai observée de mon lit. Elle était montée sur un escabeau en train d’épousseter le plafonnier en chantant ”Lili Marleen”. Elle m’a appris la chanson et on l’a chantée ensemble. Ce n’est que plus tard que je me suis rendue compte de l’importance de cette chanson pendant la guerre mondiale. Un beau souvenir que je dois à mademoiselle Ruth.
 

Avec l’arrivée de nos deux frères, il était temps d’installer des lits superposés. En ma qualité de grande soeur, j’avais droit au lit du haut. Je profitais de ma position dominante pour taquiner et importuner mes frères et soeur, par exemple en levant le matelas pour faire des grimaces ou du bruit. C’était mon petit nid à moi, ma cabane dans l’arbre avec accès interdit aux autres. Je pouvais lire aussi longtemps que je voulais, souvent avec une lampe de poche sous la couverture.
 

Quelques années plus tard , mon rêve d’avoir ma propre chambre s’est enfin réalisé, aussi avec accès interdit bien sûr. Comme vous le savez déjà tous, la vie d’une adolescente est très émotionnelle, pleine de rêves romantiques et surtout de secrets. Par conséquent, n’en parlons pas ici.
 

Les années passent ainsi que des lits plus ou moins insignifiants jusqu’au moment où c’est au lit conjugal de jouer le rôle principal, le grand lit aussi intime que secret. Arrivent les enfants, trois petits anges, certes, mais des anges plein d’entrain. Fini l’intimité. Nombreuses sont les nuits où je me suis trouvée avec un petit corps collé contre mon dos ou gigotant de tous les côtés. Le weekend, c’est la grande fête dans le lit parental. Les enfants se faufilent en silence dans la chambre et à un signal donné se jettent sur les parents à peine réveillés en poussant des cris sauvages. On se fait des câlins, on s’embrasse, on se bat avec les oreillers, on s’amuse. On est heureux, même si un peu fatigués (les parents).
 

Maintenant je suis seule dans mon lit, mon compagnon de vie n’est plus là. C’est le grand vide froid à côté de moi. Pourtant, j’essaie de penser à tous les beaux moments et au bonheur qu’on a passés ensemble - pas seulement dans le lit. Je me demande parfois si celui-ci sera mon dernier lit ou sinon, comment seront les lits à la maison de retraite. Qui sait ? Ce sera une autre histoire.


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